Jean-Marc Jancovici (The Shift Project) : l’électricité, futur pétrole et nouvelle source de tensions mondiales

Jean-Marc Jancovici (The Shift Project) : l’électricité, futur pétrole et nouvelle source de tensions mondiales

Électricité en passe de devenir le futur pétrole : à mesure que l’économie mondiale s’extrait des hydrocarbures, le centre de gravité énergétique bascule d’un système fondé sur des stocks facilement mobilisables vers un régime de flux contraints par les réseaux, la disponibilité des moyens de production et l’équilibre instantané entre offre et demande. Selon les analyses de Jean-Marc Jancovici et de The Shift Project, cette mutation n’est pas un simple changement de carburant, mais une reconfiguration des chaînes de valeur, de la sécurité énergétique et des rapports de force internationaux — avec, en toile de fond, l’impératif du changement climatique.

La transition énergétique accélère l’électrification des usages (mobilité, chaleur, procédés industriels) et déplace la pression vers une ressource instantanée, faiblement stockable et géographiquement ancrée. L’équation se corse avec la montée des centres de données, de l’hydrogène et des besoins d’adaptation des réseaux. Une analyse approfondie révèle que les arbitrages politiques, industriels et sociétaux à venir porteront autant sur l’allocation et la qualité de l’électricité bas-carbone que sur la seule quantité. À l’échelle internationale, les tensions mondiales changent de nature : elles s’expriment désormais par la maîtrise des ressources énergétiques critiques (cuivre, composants réseaux, main-d’œuvre qualifiée) et la capacité des territoires à planifier leurs investissements. Dans ce cadre, l’électricité devient un actif stratégique, et sa gouvernance, un test de robustesse pour les économies ouvertes.

Électricité, futur pétrole : décryptage stratégique par The Shift Project

Le fil conducteur mis en avant par The Shift Project tient en une idée structurante : l’économie bas-carbone s’organise autour d’une électricité abondante, compétitive et pilotable, combinant énergies renouvelables et nucléaire. Plusieurs travaux publics en offrent un panorama cohérent : un plan de décarbonation détaillé, des chantiers « prioritaires » et une grille d’arbitrages entre production, réseaux et usages. Pour en mesurer l’ampleur, un entretien synthétique sur France Inter revient sur ces enjeux, tandis que la presse économique en détaille les implications budgétaires et industrielles.

Pour aller plus loin, on pourra consulter le site du think tank : analyses et publications du Shift, l’article de référence sur les 20 chantiers à lancer d’urgence, ainsi que la synthèse de Capital sur le plan visant la neutralité carbone. On notera également l’entretien récent de France Inter sur les trajectoires d’électrification.

Jean-Marc Jancovici (The Shift Project) : l’électricité, futur pétrole et nouvelle source de tensions mondiales

D’un monde de stocks à un monde de flux

L’ère pétrolière autorisait des tampons logistiques massifs : extraire, acheminer, stocker, puis consommer à la demande. À l’inverse, l’électricité impose la simultanéité : se transporte avec pertes, se stocke encore marginalement et exige une stabilité à la milliseconde. Cette physique des flux transforme chaque kilowattheure en enjeu d’infrastructure autant que de production. Elle déplace les marges de manœuvre du marché mondial vers des capacités locales — centrales, réseaux, interconnexions et modération des usages.

Conséquence : le risque ne se matérialise plus uniquement par une flambée du baril, mais par une contrainte de réseau, un retard de raccordement, un déficit d’unités pilotables ou un épisode de prix extrêmes. Cette bascule appelle une planification fine et des signaux économiques alignés avec la réalité physique du système.

Ce changement de paradigme éclaire aussi les controverses sur l’allocation sectorielle : prioriser la chaleur performante, l’industrie exportatrice ou le numérique critique ? La question de l’ordre de mérite devient structurelle.

Demande sous tension : électrification des usages et nouveaux besoins

Selon les données récentes mises en avant par Jean-Marc Jancovici, l’électrification massive touche la mobilité (véhicules électriques et ferroviaire), le bâtiment (pompes à chaleur) et l’industrie (procédés électrothermiques). À ces vecteurs s’ajoutent la production d’hydrogène, la croissance des centres de données et l’automatisation. L’agrégation de ces besoins conduit à une hausse durable de la consommation électrique, y compris dans des scénarios d’efficacité ambitieux.

Un exemple concret : « MétalNex », ETI de la métallurgie, a planifié l’électrification de son four de traitement thermique et l’installation d’un raccordement renforcé. Gain attendu : baisse des émissions et qualité process ; contrepartie : exposition accrue aux contraintes réseau et aux épisodes de prix volatils. Pour gérer cette volatilité, des guides pratiques émergent, à l’image de ces repères pour acheter son électricité au meilleur prix et de ces analyses sur l’impact des prix négatifs sur le marché et les consommateurs.

Usages prioritaires et arbitrages de planification

Les documents de référence du Shift retiennent que « tout miser » sur un seul levier est illusoire. Il faut articuler sobriété, efficacité et montée en puissance coordonnée du nucléaire et des énergies renouvelables. Dans la mobilité, l’arbitrage modal vers le rail se couple à l’électrification routière, comme le détaille l’inventaire des projets clés présenté dans la presse spécialisée sur voiture électrique, train et nucléaire. À l’échelle nationale, la feuille de route des 20 chantiers urgents éclaire la hiérarchisation des investissements.

Insight clé : sans pilotage des usages et phasage des raccordements, la demande peut dépasser les capacités locales, générant des goulets d’étranglement coûteux.

Sécurité énergétique : un mix bas-carbone sans solution unique

Il est essentiel de considérer que la sécurité énergétique d’un système électrique repose sur la complémentarité des moyens : nucléaire pour l’« assise » pilotable, éolien et solaire pour élargir la base bas-carbone, hydraulique et flexibilité pour l’équilibrage, et une modération de la demande pour écrêter les pointes. Renoncer à un pilier ou retarder son déploiement accroît le risque de déficit structurel à l’horizon 2030-2040, en particulier si la cadence de mise en service de nouveaux réacteurs et de parcs renouvelables reste inférieure à la trajectoire de besoins.

Les enseignements récents s’accompagnent d’un mouvement citoyen et financier notable. En témoigne la collecte annoncée en 2025, relatée par France Info, avec plus de 3,3 M€ mobilisés pour « imaginer un futur sans pétrole, ni gaz, ni charbon » : voir le point d’étape sur la dynamique de dons. Cette mobilisation soutient des travaux de long terme, dont la feuille de route vers la neutralité décrite par Capital.

Fenêtre 2025–2035 : réseaux, matériaux et compétences

La période 2025–2035 concentre plusieurs contraintes physiques et industrielles : délais de renforcement des postes, files d’attente de raccordement, disponibilité du cuivre, et capacité à attirer des techniciens haute tension. Le Shift rappelle que l’électrification automobile est l’un des principaux contributeurs à la demande de cuivre, tandis que l’extension des réseaux requiert des équipes rares. Les acteurs B2B se dotent de filets de sécurité — par exemple via des solutions de secours, à l’instar de ces usages des groupes électrogènes dans le B2B — en attendant des flexibilités plus numériques, telles que décrites dans ces analyses sur le contrôle intelligent de l’électricité.

  • Planifier les renforcements de réseau au plus près des zones industrielles électrifiables.
  • Sécuriser les chaînes d’approvisionnement en cuivre et transformateurs.
  • Former des techniciens réseaux et automaticiens en volume suffisant.
  • Ordonner la demande par effacements, tarification dynamique et contrats d’interruptibilité.

Point de vigilance : la réussite passe par une cohérence simultanée des chantiers production–réseaux–usages, faute de quoi l’une des jambes manque et tout le système trébuche.

Géopolitique de l’électricité : nouvelles tensions mondiales et souveraineté

À l’international, les tensions mondiales se déplacent vers la maîtrise des chaînes de valeur électriques : turbines, onduleurs, transformateurs, câbles, métaux critiques, logiciels de pilotage. Le rapport de force s’exprime moins par des flottes pétrolières que par des positions dominantes sur les équipements et matériaux, et par la densité des interconnexions régionales. L’électricité devient un test de résilience des territoires, avec un gradient clair : plus la production bas-carbone est locale et pilotable, plus la souveraineté énergétique s’affermit.

Dans ce contexte, les entreprises intensives en électricité réévaluent leurs stratégies d’implantation. Des ressources existent pour fiabiliser l’approvisionnement et lisser les coûts, notamment via des dossiers de place sur l’électricité comme nouveau point de tension et des éclairages concrets sur les stratégies d’achat. Les épisodes de prix très bas ou négatifs, analysés ici : impact des prix négatifs, signalent la nécessité d’un pilotage fin des usages flexibles.

Allocation, prix et contrat social de l’énergie

À mesure que l’électricité devient un actif stratégique, la question de son affectation entre industrie, résidentiel et numérique gagne en centralité. Une planification explicite, adossée à des signaux-prix cohérents et à des critères de valeur ajoutée climatique, s’impose. Pour appuyer les investissements décentralisés, certains dispositifs financiers facilitent l’accès au solaire, à l’image de ces solutions de prêt pour panneaux photovoltaïques. Les récits médiatiques et les entretiens de fond, comme ceux recensés sur cette série de podcasts ou cette synthèse sectorielle sur l’électricité, nouveau pétrole, contribuent à clarifier l’arbitrage collectif.

Dernier enseignement : la réussite de la transition énergétique dépend d’une gouvernance capable d’aligner physique du système, signaux économiques et objectifs climatiques. C’est bien là que se joue la souveraineté, plus encore que dans l’abondance brute des kilowattheures.

Jean-Marc Jancovici (The Shift Project) : l’électricité, futur pétrole et nouvelle source de tensions mondiales

Journaliste spécialisée en énergie et industrie, je décrypte depuis plus de quinze ans les évolutions des marchés énergétiques et les innovations industrielles. Mon parcours m’a conduite à collaborer avec des publications de renom, où j’ai analysé les défis liés à la transition énergétique et aux politiques industrielles.