Un robot qui explique l’énergie, une technologie médicale attentive aux signaux de la voix, des algorithmes destinés à fluidifier les marchés : les projets des sept lauréates des European Women in STEM Awards montrent comment les sciences peuvent se prolonger dans des usages concrets. Recherche scientifique, ingénierie, mathématiques et entrepreneuriat composent ici un même continuum, depuis l’acquisition des connaissances jusqu’à leur transformation en outils ou en entreprises.
Remis à Paris le 22 octobre lors de la première édition des prix, les six distinctions et le coup de cœur du jury mettent en lumière des trajectoires aux échelles et aux disciplines variées. Leur visibilité répond à un enjeu de formation : à la rentrée 2025, les filles représentaient 14,2 % des élèves de terminale générale en spécialité « sciences de l’ingénieur et sciences physiques », selon la DEPP. Dans les STEM en Europe, rendre les carrières scientifiques plus lisibles contribue à élargir les choix possibles et à inscrire l’égalité des genres au cœur de l’innovation.

Sept lauréates des Women in STEM Europe, sept façons de relier science et usages
Les profils récompensés illustrent une étape souvent décisive : faire passer une connaissance ou une méthode du laboratoire à une application utilisable. Les projets vont de la santé à la finance, tandis que les parcours de recherche montrent que l’innovation repose autant sur la maîtrise technique que sur la compréhension des besoins.
Lara Gervaise, lauréate du prix Technology, a cofondé Virtuosis AI. L’entreprise analyse des caractéristiques acoustiques de la voix — comme sa hauteur, son rythme ou sa qualité — à partir d’échantillons parfois très courts, afin de développer des indicateurs pour le dépistage, le suivi de la santé et le bien-être.
En ingénierie, Stéphanie Magazzeni est distinguée pour sa contribution à une technologie d’imagerie de la rétine utilisée dans le diagnostic de maladies susceptibles de conduire à la cécité. Nommée Chief Scientific Officer de Heidelberg Engineering en 2025, elle s’appuie sur plus de vingt-cinq ans d’expérience dans les technologies médicales, notamment en ophtalmologie.
La lauréate du prix Mathematics & Data, Maria Scetta, applique quant à elle les mathématiques aux difficultés de liquidité des marchés. Avec DeltaBlock, qu’elle a cofondée, elle développe des solutions algorithmiques destinées notamment aux petites et moyennes capitalisations, pour lesquelles un nombre réduit d’ordres peut amplifier l’effet d’une transaction sur le cours.
- Technology : Lara Gervaise et l’analyse de la voix au service de la santé.
- Engineering : Stéphanie Magazzeni et l’imagerie rétinienne.
- Mathematics & Data : Maria Scetta et les outils algorithmiques pour les marchés.
Ces exemples montrent que les sciences et technologies ne forment pas un parcours unique : elles ouvrent des voies vers la santé, l’industrie ou la finance. La présentation des catégories et des prix est détaillée par Women in STEM Europe.
De l’astrophysique aux avancées sur les électrons
Mamta Pommier, lauréate du prix Sciences, conjugue son activité d’astrophysicienne et son engagement pour les femmes en astronomie. À la présidence du groupe « Women in Astronomy » de l’Union astronomique internationale, elle travaille à renforcer leur visibilité et à améliorer les conditions de carrière dans la discipline.
Le prix European STEM Role Model of the Year revient à Anne L’Huillier, dont les travaux ont contribué à rendre observable la dynamique des électrons. En 1987, elle découvre qu’un laser infrarouge traversant un gaz génère de nombreuses harmoniques lumineuses, une observation qui ouvre la voie aux recherches sur les impulsions attosecondes.
Une attoseconde correspond à un milliardième de milliardième de seconde. Le Nobel de physique 2023, partagé par Anne L’Huillier, Pierre Agostini et Ferenc Krausz, a récompensé les travaux associés à ces avancées ; plus de trente-cinq ans séparent la découverte initiale de cette distinction. Cette durée rappelle que la recherche scientifique exige des investissements et une continuité au long cours avant de produire des applications ou de nouvelles capacités d’observation.
Jeunes talents : apprendre en construisant et transmettre
Le parcours de Lila Trepy, lauréate du prix Young STEM Leader, commence par un robot offert par son oncle lorsqu’elle a neuf ans. Cette découverte l’incite à apprendre la programmation, à rejoindre un club et à prendre part à des compétitions où la conception technique se combine au travail collectif.
Elle a ensuite imaginé Joule, un robot conversationnel qui répond aux questions des jeunes sur l’énergie. Le projet donne une forme accessible à des sujets complexes et relie son intérêt pour la robotique à un enjeu majeur de société : comprendre les systèmes énergétiques et leurs transformations.
Ema Nicole Gheorghe, distinguée par le coup de cœur du jury, s’est illustrée en algorithmique. Médaillée d’argent aux European Girls’ Olympiad in Informatics 2025 et médaillée d’or aux Olympiades roumaines d’informatique, elle partage également ses compétences en donnant bénévolement des cours, notamment à des filles.
Ces deux trajectoires associent apprentissage par la pratique et transmission. Elles rappellent que des modèles inspirants ne se limitent pas aux figures déjà établies : une jeune scientifique peut aussi rendre la discipline plus accessible à celles qui commencent à s’y intéresser. Le récit des sept lauréates revient sur la diversité de ces parcours.
Des écarts de représentation qui varient selon les spécialités
Les données de la DEPP montrent que la sous-représentation des filles ne se manifeste pas de la même façon dans toutes les matières. À la rentrée 2025, elles constituaient 15,5 % des effectifs en numérique et sciences informatiques, contre 41,8 % en mathématiques et 14,2 % en sciences de l’ingénieur et sciences physiques, en terminale générale.
Ces écarts donnent un éclairage concret à l’objectif de promouvoir le leadership féminin dans les sciences : agir suppose de tenir compte des disciplines, des étapes d’orientation et des environnements professionnels concernés. Les distinctions ne modifient pas à elles seules les choix d’études, mais elles rendent visibles des itinéraires qui conduisent de la formation à la recherche, puis parfois à la création d’entreprise.
Rendre visibles les parcours scientifiques en Europe
À travers les sept prix et sa sélection de 71 Talents 2026, constituée à partir de candidatures et d’un repérage complémentaire, Women in STEM Europe entend élargir le nombre de références disponibles. Le projet documentaire « Hors Calculs », présenté lors de la soirée, suit des femmes depuis le collège jusqu’à la vie professionnelle et met en évidence les étapes qui rendent ces trajectoires possibles.
Cette approche s’inscrit dans une démarche plus large de promotion des femmes en sciences et des compétences scientifiques sur le continent. Présenter les métiers, les obstacles rencontrés et les applications concrètes permet de rapprocher les jeunes des carrières scientifiques, tout en montrant que l’inclusion participe aussi à la capacité d’innovation des organisations.
Pour Léna Touchard, directrice générale de Women in STEM Europe, un rôle modèle peut être une femme dont le parcours précède de quelques années celui d’une autre et lui indique que la suite est accessible. Cette vision place la transmission au centre : rendre les trajectoires visibles, c’est contribuer à élargir les possibilités de celles qui viendront après. Les missions de l’organisation sont présentées sur son espace de présentation, tandis que ses initiatives et actualités sont accessibles dans ses ressources médias.
Journaliste spécialisée en énergie et industrie, je décrypte depuis plus de quinze ans les évolutions des marchés énergétiques et les innovations industrielles. Mon parcours m’a conduite à collaborer avec des publications de renom, où j’ai analysé les défis liés à la transition énergétique et aux politiques industrielles.

