Avec ARTSPER, Maurice Lévy accélère la structuration du marché de l’art en ligne

Avec ARTSPER, Maurice Lévy accélère la structuration du marché de l’art en ligne

Avec l’acquisition d’ARTSPER, YourArt poursuit la construction d’un groupe de distribution numérique de l’art, près de deux ans après son rapprochement avec ArtMajeur. Fondé par Maurice Lévy, le groupe entend conserver les deux marques tout en mutualisant une partie de leurs moyens. Le montant de l’opération n’a pas été communiqué. Selon les chiffres annoncés, le nouvel ensemble réunit 95 000 artistes, 1 800 galeries et revendique deux millions de visites mensuelles, des indicateurs de taille qui ne renseignent toutefois pas, à eux seuls, sur les ventes effectivement réalisées.

La stratégie repose sur la complémentarité de deux modèles : ArtMajeur dispose d’une offre à large diffusion et d’une présence annoncée dans 80 pays, tandis qu’ARTSPER s’est développé autour des galeries, avec près de 1 200 partenaires et un accompagnement commercial plus personnalisé. Pour Maurice Lévy, l’enjeu est désormais de transformer cette audience et la richesse des catalogues en transactions rentables. Dans un marché où la confiance, la qualité de la sélection et le conseil pèsent autant que la technologie, la structuration du marché dépendra moins du nombre d’œuvres visibles que de la capacité à rapprocher chaque acheteur de la bonne offre.

ARTSPER et ArtMajeur : deux marques pour structurer le marché de l’art en ligne

Créé en 2013 par Hugo Mulliez et François-Xavier Trancart, ARTSPER s’est d’abord donné pour mission d’élargir la visibilité des galeries au-delà de leur implantation physique. Cette relation de longue durée avec les professionnels constitue un actif commercial : une galerie ne se contente pas de mettre des œuvres en ligne, elle apporte aussi une sélection, des connaissances sur les artistes et un accompagnement à l’achat.

Le rapprochement avec YourArt s’inscrit dans la continuité de l’acquisition d’ArtMajeur. Les deux plateformes resteront distinctes pour les artistes, les galeries et les collectionneurs, mais pourront partager certains développements technologiques et certaines fonctions opérationnelles. Les grandes lignes de l’opération sont détaillées dans le communiqué de YourArt sur l’acquisition d’ARTSPER.

Cette organisation préserve les repères des utilisateurs sans empêcher les offres de se croiser : ARTSPER accueille également des artistes indépendants et des vendeurs souhaitant proposer des œuvres à la revente, tandis qu’ArtMajeur s’adresse aussi aux galeries. Les revenus reposent notamment sur les abonnements et les commissions côté ARTSPER, ainsi que sur les offres premium d’ArtMajeur. Dans les deux cas, la valeur du service se mesure à sa capacité à générer des contacts qualifiés et des ventes, pas seulement à élargir un catalogue.

Avec ARTSPER, Maurice Lévy accélère la structuration du marché de l’art en ligne

De la galerie physique à la vente d’art en ligne

Pour une galerie, la plateforme prolonge une relation commerciale qui se nouait traditionnellement dans un espace physique. L’acheteur peut découvrir une œuvre à distance, mais il attend des informations fiables sur l’artiste, l’état de la pièce, son prix et les conditions de livraison. L’intermédiaire numérique doit donc faciliter la découverte sans effacer le rôle de conseil qui fonde la relation avec le vendeur.

Cette logique distingue plusieurs circuits, sans les enfermer dans des catégories étanches. Une même plateforme peut faire coexister artistes indépendants, galeries et revente entre collectionneurs, tandis que les maisons de ventes proposent parfois des ventes privées en parallèle des enchères publiques.

  • Plateformes ouvertes aux artistes : elles facilitent la découverte et la transaction, en apportant visibilité et services de vente.
  • Plateformes de galeries : elles réunissent des sélections professionnelles et mettent en relation vendeurs et acheteurs.
  • Maisons et plateformes d’enchères : elles organisent des ventes à échéance, avec présentation des lots et adjudication.
  • Galeries et ateliers : ils privilégient le contact direct, le conseil et le suivi de collection.

Cette cartographie rappelle que la digitalisation de l’art ne supprime pas les circuits traditionnels : elle les complète et déplace une partie de la découverte vers les écrans. Le lancement de YourArt avait déjà été présenté comme une nouvelle étape de cette évolution par Le Monde.

Innovation numérique et rentabilité : le défi des plateformes artistiques

La consolidation dépasse le seul marché français. En mai 2025, Beowolff Capital a annoncé une offre de rachat sur Artnet, après avoir pris une participation majoritaire dans Artsy. Ces mouvements témoignent d’une concurrence qui se joue sur plusieurs terrains : accès aux œuvres, qualité des données, relation avec les galeries et fidélisation des acheteurs.

Selon le rapport Art Basel et UBS 2026 cité dans les données de l’opération, le marché mondial de l’art a progressé de 4 % en valeur en 2025, tandis que la part des ventes en ligne dans le chiffre d’affaires des marchands et galeries est retombée à 16 %, contre 22 % l’année précédente. La baisse est associée au retour de transactions de montant élevé vers les canaux physiques. Pour les plateformes, ces chiffres soulignent une limite : une forte audience ne garantit pas automatiquement la conversion, surtout lorsque le prix, l’authenticité et le conseil deviennent déterminants.

Dans ce contexte, l’intelligence artificielle peut améliorer la recherche dans des catalogues volumineux, suggérer des œuvres en fonction de préférences ou aider à faire émerger des artistes moins connus. YourArt prévoit d’intégrer progressivement à ARTSPER des outils développés par ArtMajeur, dont Iris, une technologie présentée comme un levier de découverte. La question centrale reste celle de l’usage : une recommandation n’a de valeur que si elle aide l’acheteur à mieux comprendre l’œuvre et le vendeur à obtenir un contact pertinent. Iris et l’intelligence artificielle appliquée à l’art illustrent cette ambition technologique.

Les modèles économiques des plateformes rendent cette évaluation particulièrement concrète. Les abonnements, les commissions et les options premium représentent des coûts pour les vendeurs ; leur intérêt dépend des débouchés apportés et de la qualité du service. Pour les collectionneurs, la fluidité de navigation ne remplace ni des informations précises ni la confiance dans l’intermédiaire.

Maurice Lévy mise sur la complémentarité des catalogues

L’opération a été précédée par une augmentation de capital en septembre, largement souscrite par la famille Lévy, sans montant communiqué. Le nouvel ensemble doit être dirigé par Stéphane Lévy, CEO d’ArtMajeur, et Claire Halconruy, CEO d’ARTSPER. Le prix d’acquisition, la part du capital concernée et les résultats financiers détaillés n’ont pas été rendus publics.

Pour Maurice Lévy, conserver deux marques tout en rapprochant leurs moyens permet de combiner une diffusion internationale et une expertise construite auprès des galeries. Mais l’intégration ne sera concluante que si elle se traduit par une meilleure expérience pour les vendeurs et les acheteurs, puis par des transactions mesurables. Dans la vente d’art en ligne, l’avantage concurrentiel se construit à l’intersection de la technologie, de la confiance et de la pertinence de la sélection.

Avec ARTSPER, Maurice Lévy accélère la structuration du marché de l’art en ligne

Journaliste spécialisée en énergie et industrie, je décrypte depuis plus de quinze ans les évolutions des marchés énergétiques et les innovations industrielles. Mon parcours m’a conduite à collaborer avec des publications de renom, où j’ai analysé les défis liés à la transition énergétique et aux politiques industrielles.