CLEAVR lève 8 millions d’euros pour simplifier et automatiser l’encaissement des factures

CLEAVR lève 8 millions d’euros pour simplifier et automatiser l’encaissement des factures

Une facture émise ne devient une ressource de trésorerie qu’une fois réglée. Entre-temps, les équipes financières doivent parfois retrouver le bon interlocuteur, transmettre une pièce manquante, répondre à une contestation ou vérifier une promesse de paiement. C’est cette succession d’échanges que CLEAVR entend prendre en charge : la fintech parisienne annonce une levée de fonds de 8 millions d’euros pour développer sa plateforme et accélérer son expansion en Europe. Le tour d’amorçage est mené par Varsity, avec la participation de Portfolio Ventures, Kerala et Financière Saint James, ainsi que des investisseurs historiques Kima Ventures et Better Angle. Après un premier financement d’un million d’euros annoncé en mars 2026, les montants levés par l’entreprise atteignent 9 millions d’euros. Fondée par Baptiste Nassoy, Arthur Guérin et Antoine Grenard, CLEAVR mise sur l’intelligence artificielle et l’automatisation pour simplifier la gestion des paiements après facturation. L’enjeu dépasse l’envoi de rappels : il s’agit de comprendre pourquoi un règlement tarde, de traiter les situations courantes et de transmettre les cas sensibles aux équipes concernées.

Invité de FRENCHWEB.FR, le cofondateur Baptiste Nassoy décrit la solution comme un « collaborateur IA » dédié à l’encaissement et à la gestion du poste client. L’opération et l’ambition européenne de la société sont également détaillées dans cet article consacré à sa levée de fonds. Pour une entreprise, le défi consiste désormais à faire circuler les bonnes informations entre comptabilité, équipes commerciales et clients, sans transformer chaque facture en dossier manuel.

CLEAVR automatise le suivi des factures après leur émission

Un retard de paiement peut avoir plusieurs causes : document incomplet, référence de commande absente, désaccord sur une prestation ou relance adressée au mauvais service. Dans ces situations, multiplier les rappels ne suffit pas toujours ; encore faut-il identifier le blocage et orienter la demande vers la personne capable de le résoudre.

CLEAVR se connecte aux ERP, aux logiciels de facturation et aux CRM pour récupérer les factures, les contacts et les informations de paiement. La plateforme adapte ensuite les relances et peut passer par l’email, le SMS ou WhatsApp, analyser les réponses et signaler les dossiers qui nécessitent une intervention humaine.

CLEAVR lève 8 millions d’euros pour simplifier et automatiser l’encaissement des factures

Relier la donnée comptable à la conversation client

Le principe est de rapprocher l’information financière de l’échange nécessaire au règlement. Si un interlocuteur ne répond plus, l’outil peut rechercher un autre contact ; si une difficulté ressort de la conversation, elle peut être transmise aux équipes financières, commerciales ou au support client.

La plateforme permet aussi de suivre une promesse de paiement, de suspendre les relances jusqu’à la date annoncée, puis de vérifier si le règlement a bien été enregistré. En cas de contestation, le parcours peut être mis en pause et le dossier transmis à une équipe avec l’historique des échanges. Cette coordination entre données et actions constitue le cœur de la proposition : automatiser les étapes répétitives sans confondre rapidité et résolution du litige.

Une automatisation encadrée par les équipes financières

Baptiste Nassoy indique que la solution automatise environ 80 % des actions auparavant effectuées manuellement et peut traiter seule une part comparable des réponses reçues. Ces chiffres sont communiqués par l’entreprise ; l’entretien ne précise pas le périmètre de mesure. Les situations présentant un risque commercial ou réputationnel doivent, selon le cofondateur, être escaladées vers les équipes internes.

La plateforme s’appuie sur les données métiers disponibles dans les outils connectés. Cette dépendance aux informations de facturation constitue un garde-fou, mais aussi un enjeu opérationnel : un paiement saisi avec retard, un avoir non synchronisé ou un litige mal renseigné peut fausser le suivi. La qualité des intégrations et la mise à jour des données conditionnent donc la pertinence des relances.

Des connexions aux logiciels existants

L’entreprise affirme pouvoir se connecter à différents ERP, y compris lorsque l’accès aux données est plus complexe. Son site présente notamment des intégrations avec Pennylane, Sellsy, Axonaut, Sage, SAP, Odoo, NetSuite, Stripe et Qonto ; une API et des échanges de fichiers sont aussi proposés pour certains environnements spécifiques.

Les entreprises n’ont ainsi pas à remplacer leur logiciel de facturation ou leur outil de comptabilité : la création des factures reste dans leur système habituel, tandis que CLEAVR intervient sur leur suivi. Pour les connexions déjà prises en charge, la société annonce un branchement rapide, puis une synchronisation dont la durée dépend du volume de données. Un démarrage sur une sélection de factures permet également aux équipes de valider ou de corriger les actions avant d’accroître l’autonomie de l’outil.

Réduire les délais d’encaissement pour libérer de la trésorerie

CLEAVR affirme réduire de 37 % en moyenne le DSO, c’est-à-dire le délai moyen d’encaissement des créances clients. Baptiste Nassoy cite l’exemple d’une entreprise qui passerait de 30 jours à moins de 20 jours, sans détailler dans l’entretien le nombre de clients ou la méthode de calcul associés à cette estimation.

Pour une direction financière, un règlement obtenu plus tôt peut améliorer la trésorerie disponible et limiter le besoin de financement à court terme. Il ne crée pas, à lui seul, de chiffre d’affaires supplémentaire : son intérêt dépend aussi de la solvabilité des clients, du volume de créances concerné et de la capacité de l’entreprise à traiter les différends à l’origine des retards.

Selon le rapport 2025 de l’Observatoire des délais de paiement, publié en septembre 2026 et fondé sur des données de 2024, les PME et microentreprises françaises auraient disposé de 13 milliards d’euros de trésorerie supplémentaire en l’absence de retards. Fin 2025, le retard moyen s’établissait à 13,4 jours, légèrement au-dessus de la moyenne européenne. Ces données éclairent l’intérêt de mieux suivre les créances, tout en rappelant que l’automatisation ne peut résoudre seule les problèmes de solvabilité ou les désaccords commerciaux.

Un abonnement adapté au volume de créances

La fintech facture son service par abonnement, sans commission sur les sommes recouvrées. Pour les ETI, son cofondateur évoque un coût annuel compris entre 10 000 et 150 000 euros, selon la taille de l’activité et le volume de factures ; la cible privilégiée regroupe des entreprises réalisant entre 50 millions et un milliard d’euros de chiffre d’affaires.

  • Suivi des échéances : relances personnalisées et arrêt du parcours lorsque le paiement est enregistré.
  • Gestion des réponses : prise en compte des promesses de règlement et détection des contestations.
  • Traitement des exceptions : transmission aux équipes internes des dossiers nécessitant une décision ou une vérification.
  • Accompagnement : CLEAVR indique inclure les intégrations, le portail débiteur et le support jusqu’au précontentieux, avec un périmètre à préciser dans le devis.

La société propose également un portail personnalisable où le client peut signaler un paiement, contester une facture ou demander un échéancier, sans créer de compte. Elle présente par ailleurs un module Chorus Pro pour suivre les factures destinées aux acteurs publics, notamment en cas de rejet. Pour les enjeux plus larges de trésorerie et d’outillage des directions financières, cette évolution s’inscrit dans une réflexion sur la place de l’intelligence artificielle dans la finance B2B.

Une concurrence installée et une expansion européenne à financer

La gestion du poste client est déjà couverte par plusieurs acteurs. Upflow propose la centralisation des échanges et des agents capables de suivre les réponses ou les litiges ; Sidetrade développe son agent Aimie pour interagir avec les débiteurs ; Esker associe prévisions et outils collaboratifs dans une offre plus large. L’américain HighRadius intègre également des agents de recouvrement à sa plateforme financière.

Dans ce paysage, CLEAVR met en avant le traitement des échanges après facturation, l’étendue de ses connexions aux ERP et son modèle d’abonnement. Les équipes internes et les agences de recouvrement restent des options, tandis que l’affacturage apporte une avance de trésorerie plutôt qu’une résolution des blocages administratifs. La différenciation se jouera donc autant sur le déploiement et le traitement des exceptions que sur les résultats effectivement observés.

Les éditeurs de facturation et les banques peuvent devenir des canaux d’accès aux entreprises, mais aussi développer leurs propres services. En parallèle, la généralisation de la facturation électronique structure davantage les données échangées : depuis le 1er septembre 2026, les entreprises concernées doivent pouvoir recevoir des factures électroniques, tandis que les grandes entreprises et les ETI doivent aussi les émettre. L’obligation d’émission s’étendra aux PME et microentreprises en septembre 2027. Cette transformation reconfigure le marché des outils, comme l’illustre le développement des plateformes de facturation électronique.

CLEAVR revendique plus d’une centaine de clients acquis en six à sept mois, avec une prospection qui représenterait encore 90 % de son acquisition commerciale. Née d’expériences complémentaires dans le recouvrement, le conseil et les opérations, l’équipe entend utiliser cette levée de fonds pour renforcer le produit, accélérer les recrutements commerciaux et poursuivre son développement en France, au Royaume-Uni, en Allemagne, en Italie, en Espagne et en Belgique. Le prochain défi sera de convertir cette présence et ses premiers clients en déploiements européens durables, sans dégrader la qualité du suivi.

CLEAVR lève 8 millions d’euros pour simplifier et automatiser l’encaissement des factures

Journaliste spécialisée en énergie et industrie, je décrypte depuis plus de quinze ans les évolutions des marchés énergétiques et les innovations industrielles. Mon parcours m’a conduite à collaborer avec des publications de renom, où j’ai analysé les défis liés à la transition énergétique et aux politiques industrielles.