VATES : pourquoi cet éditeur rentable depuis dix ans lève 30 millions d’euros pour accélérer

VATES : pourquoi cet éditeur rentable depuis dix ans lève 30 millions d’euros pour accélérer

Rentable et autofinancé depuis 2016, l’éditeur grenoblois Vates ouvre pour la première fois son capital afin de donner plus d’ampleur à son développement. La levée de fonds de 30 millions d’euros, annoncée auprès d’IRIS et de Bpifrance, intervient après une croissance de plus de 65 % en 2025. L’entreprise revendique désormais plus de 1 000 clients dans une centaine de pays, mais estime nécessaire d’investir plus vite dans ses produits, ses équipes commerciales et son réseau de partenaires.

Le contexte joue en sa faveur : les changements d’offres et de licences chez VMware conduisent des organisations à réexaminer leurs infrastructures de virtualisation. Cette fenêtre de marché ne garantit toutefois pas les migrations. Pour convaincre de nouveaux clients, Vates devra démontrer que ses solutions peuvent répondre aux exigences d’exploitation de grands environnements, tout en accompagnant leur transition. Comme l’explique son CEO et cofondateur Olivier Lambert, l’objectif n’est pas de changer de stratégie, mais d’accélérer celle déjà engagée. La question centrale est donc celle du passage à l’échelle, sans fragiliser un modèle bâti sur la rentabilité et l’autofinancement.

Vates lève 30 millions d’euros après dix ans d’autofinancement

La rentabilité a permis à Vates de financer son développement au rythme des revenus générés par son activité. Mais autofinancement et capacité d’accélération ne se confondent pas : recruter des équipes commerciales, préparer de nouvelles fonctions et former des intégrateurs suppose d’engager des dépenses avant que les contrats associés ne soient signés.

La nouvelle enveloppe doit permettre de mener ces chantiers en parallèle. L’opération est menée par IRIS, via son fonds Growth, et Bpifrance, par l’intermédiaire de Large Venture. Les cofondateurs restent majoritaires au capital, tandis que XCP-ng et Xen Orchestra doivent conserver leurs licences ouvertes.

Selon les informations communiquées par l’entreprise, 90 % de son chiffre d’affaires est réalisé à l’export et l’Amérique du Nord représente près de la moitié de son activité. Le financement doit notamment soutenir cette présence internationale, ainsi que les positions de Vates en Europe. Plusieurs médias ont également détaillé les enjeux de cette opération, notamment l’analyse de Frenchweb sur la stratégie de l’éditeur et le changement d’échelle annoncé à Grenoble. L’enjeu financier est clair : anticiper des investissements que la seule progression des revenus aurait imposés d’étaler.

VATES : pourquoi cet éditeur rentable depuis dix ans lève 30 millions d’euros pour accélérer

Virtualisation : les produits XCP-ng et Xen Orchestra

La virtualisation permet de faire fonctionner plusieurs serveurs virtuels sur une même machine physique. Les ressources de calcul, de mémoire et de stockage sont partagées, ce qui aide les entreprises à utiliser leur matériel et à administrer leurs applications sans affecter un serveur distinct à chaque service.

Vates articule son offre autour de deux produits complémentaires. XCP-ng, fondé sur l’hyperviseur Xen, exécute les machines virtuelles ; Xen Orchestra sert à les administrer, à organiser les sauvegardes et à automatiser certaines opérations. XOSTOR complète l’ensemble en mutualisant le stockage entre plusieurs serveurs.

Pour une direction informatique, le choix ne porte donc pas uniquement sur les performances d’un logiciel. Il engage aussi la sauvegarde des données, la restauration des services, les mises à jour et la gestion des incidents. La valeur de l’offre se mesure autant dans les opérations quotidiennes que dans les caractéristiques techniques.

Pourquoi les changements chez VMware ouvrent une fenêtre commerciale

L’acquisition de VMware par Broadcom a été suivie d’évolutions de son modèle commercial, notamment un recentrage sur les abonnements et l’arrêt de certaines licences perpétuelles. Pour les organisations dont les contrats arrivent à échéance, ces changements peuvent déclencher une comparaison entre le renouvellement de l’existant et une migration vers une autre plateforme.

Cette remise en concurrence constitue une occasion pour Vates, mais elle ne se résume pas au prix des licences. Un client doit aussi comparer les fonctions réellement utilisées, la compatibilité avec ses applications, la disponibilité des compétences et le niveau d’assistance proposé. L’éditeur doit donc pouvoir répondre à des projets de plus grande ampleur, avec des équipes et des partenaires en mesure d’accompagner les déploiements.

Le marché compte plusieurs alternatives. Nutanix associe son hyperviseur AHV à une plateforme intégrée ; Proxmox combine machines virtuelles et conteneurs ; Red Hat OpenShift Virtualization permet d’exploiter des machines virtuelles dans l’environnement OpenShift. L’ouverture du code, à elle seule, ne suffit donc pas à départager ces offres.

Migration vers XCP-ng : le coût de sortie compte aussi

Une migration informatique exige une préparation opérationnelle. Les procédures varient selon le stockage et les configurations en place ; certains cas peuvent nécessiter l’arrêt de machines virtuelles. Les équipes doivent vérifier les sauvegardes, tester les applications et adapter les consignes d’exploitation avant de basculer les services.

Pour un client déjà équipé, rester chez son fournisseur évite les coûts immédiats et les risques d’un changement. Les économies attendues sur les abonnements doivent donc être mises en regard du temps consacré à la transition et du soutien disponible pendant celle-ci. La capacité de Vates et de ses partenaires à sécuriser les migrations pèsera directement dans la décision d’achat.

Le financement doit renforcer cet accompagnement, notamment grâce à un réseau élargi de distributeurs, d’intégrateurs et de partenaires technologiques. C’est un point déterminant pour les projets impliquant plusieurs sites, de nombreuses applications et des équipes qui doivent acquérir de nouvelles compétences.

  • Développer la plateforme : améliorer les performances, le stockage, la sécurité, l’automatisation et l’administration de grandes infrastructures.
  • Renforcer les équipes commerciales et marketing : accroître la présence en Amérique du Nord et sur les principaux marchés européens.
  • Élargir le réseau de partenaires : mieux accompagner les entreprises, les organisations publiques et les fournisseurs de services lors des déploiements.

Ces trois axes supposent des investissements réalisés avant la montée des revenus correspondants. Cette logique est au cœur de l’opération : disposer des moyens d’être présent quand les clients réévaluent leur infrastructure, plutôt que d’attendre que les contrats financent chaque étape.

Une accélération à financer sans renoncer à la rentabilité

Fondée en 2012 à Grenoble par Olivier Lambert, Nithida Vialle et Julien Fontanet, Vates conserve une structure où les cofondateurs restent majoritaires. L’entreprise affirme que ses logiciels resteront ouverts ; la levée ne signifie donc pas, selon elle, une rupture de modèle, mais l’ajout de ressources pour accélérer le développement technologique et commercial.

Les indicateurs publiés dessinent une entreprise déjà tournée vers l’international, mais ne permettent pas d’évaluer précisément l’ampleur de son changement d’échelle : le chiffre d’affaires et le niveau des revenus récurrents ne sont pas communiqués dans les éléments disponibles. La progression de plus de 65 % en 2025 et la base de plus de 1 000 clients attestent néanmoins d’une croissance soutenue, sans préjuger de la rentabilité future des dépenses engagées.

Comme le souligne l’analyse de L’Usine Digitale sur la concurrence avec VMware, la fenêtre de marché ne vaut que si l’éditeur peut convertir l’intérêt en déploiements durables. Pour Vates, la réussite de cette accélération se mesurera autant aux nouveaux contrats qu’à la qualité du service, au renouvellement des clients et à l’extension de leurs usages.

VATES : pourquoi cet éditeur rentable depuis dix ans lève 30 millions d’euros pour accélérer

Journaliste spécialisée en énergie et industrie, je décrypte depuis plus de quinze ans les évolutions des marchés énergétiques et les innovations industrielles. Mon parcours m’a conduite à collaborer avec des publications de renom, où j’ai analysé les défis liés à la transition énergétique et aux politiques industrielles.