ANote Music annonce une levée de fonds de 2 millions d’euros menée par Seventure Partners, avec la participation de ScaleFund et d’investisseurs déjà présents à son capital. La société luxembourgeoise entend utiliser ce financement pour enrichir son offre de catalogues, attirer de nouveaux utilisateurs en Europe et poursuivre le développement de sa plateforme et de son application. Son ambition : organiser un marché où les détenteurs de droits peuvent céder une partie de leurs revenus futurs et où les investisseurs peuvent acquérir des droits contractuels sur ces flux.
Depuis son lancement en 2020, l’entreprise affirme avoir réuni plus de 52 000 comptes utilisateurs, répertorié 36 catalogues représentant plus de 100 000 chansons et réalisé plus de 28 millions d’euros de transactions cumulées. Ces chiffres illustrent l’intérêt croissant pour l’investissement musical, mais ne suffisent pas à établir la profondeur du marché secondaire ni la facilité de revente des positions. Pour ANote Music, l’enjeu dépasse donc l’accès des particuliers aux royalties musicales : il s’agit aussi de rendre les opérations plus lisibles et de construire une liquidité durable dans une industrie musicale encore largement structurée autour de négociations privées.
ANote Music veut élargir l’accès aux royalties musicales
Une chanson peut générer des revenus bien après sa sortie initiale. Le streaming, les passages à la radio, la diffusion dans les lieux publics ou l’utilisation dans un film, une série ou une publicité peuvent alimenter les revenus musicaux d’un catalogue, selon les droits détenus et les contrats applicables.
Historiquement, ces flux ont surtout intéressé les labels, éditeurs et fonds spécialisés, capables d’évaluer les performances passées et de financer l’acquisition de catalogues entiers. ANote Music, fondée au Luxembourg par Marzio F. Schena, Matteo Cernuschi et Grégoire Mathonet, propose une place de marché où des titulaires de droits peuvent céder une fraction de leurs revenus futurs à des investisseurs.
La société indique que certains droits associés à des artistes comme Beyoncé, Avicii, Justin Bieber, Drake ou Martin Garrix sont accessibles sur sa plateforme. Cette présence ne signifie pas que l’investisseur possède une chanson ou un lien direct avec l’artiste : il acquiert un droit contractuel sur une partie des revenus visés par une opération donnée.
Une levée de fonds pour renforcer la plateforme en Europe
Le tour de table de 2 millions d’euros doit soutenir trois axes : l’élargissement du nombre de catalogues proposés, l’acquisition d’utilisateurs européens et l’amélioration du produit numérique. La société cherche ainsi à développer simultanément l’offre de droits et la base d’acheteurs, deux conditions interdépendantes pour qu’une place de marché fonctionne.
Cette opération intervient alors que la plateforme revendique plus de 28 millions d’euros de transactions cumulées depuis 2020. Ce total renseigne sur l’activité historique, mais il ne permet pas, à lui seul, de mesurer le volume actuellement négocié, la fréquence des échanges secondaires ou le délai nécessaire pour revendre une position. Les détails de la stratégie de croissance sont également présentés dans ce compte rendu de la levée de fonds d’ANote Music.
La levée de fonds ne constitue pas un financement participatif au sens habituel du terme : les investisseurs cités sont des fonds et des actionnaires existants. Elle vise plutôt à soutenir l’infrastructure commerciale et technologique nécessaire pour mettre en relation les ayants droit et les acheteurs, à l’échelle européenne.
Les droits acquis ne sont pas la propriété des chansons
Le terme « royalties » recouvre des revenus issus de droits de nature différente : enregistrement, édition, droits d’auteur, droits voisins, diffusion publique ou synchronisation. Les modalités de rémunération peuvent varier selon les territoires, les contrats et la durée des droits cédés ; chaque catalogue exige donc une analyse spécifique.
Pour un investisseur, le point déterminant est le périmètre exact de l’actif : quels flux sont concernés, selon quelles règles de calcul, pour quelle période et sous quelles conditions de détention ? Les enjeux plus larges de propriété intellectuelle sont également au cœur des débats sur les plateformes et la circulation des contenus, comme le détaille cette analyse des motivations des plateformes autour de la propriété intellectuelle.
Marché des droits musicaux : des revenus portés par le streaming
La progression du streaming a rendu certains flux plus réguliers et plus observables, ce qui a contribué à renforcer l’intérêt des investisseurs institutionnels pour les catalogues. Les acquisitions très médiatisées des répertoires de Bob Dylan, Bruce Springsteen, Justin Bieber ou Queen ont aussi installé ces actifs dans le débat sur les investissements alternatifs.
Selon les données reprises par ANote Music, le marché mondial des droits musicaux a atteint 47,2 milliards de dollars en 2024, tandis que celui de la musique enregistrée représentait 29,6 milliards de dollars la même année. Ces agrégats donnent une indication de l’échelle économique du secteur, mais ils ne préjugent pas du rendement d’un catalogue particulier : la valeur dépend notamment de son historique d’écoute, de la concentration des revenus sur quelques titres et de la solidité des droits concernés.
Les revenus d’un titre peuvent évoluer avec les usages et les plateformes. Une chanson populaire peut continuer à être écoutée pendant des années, mais les tendances, les conditions de rémunération et la demande pour certains genres changent ; aucun actif musical n’offre donc un flux garanti.
Liquidité et transparence, les principaux tests du modèle
Sur le marché institutionnel, des acteurs comme Concord, Primary Wave et des structures liées à Blackstone ou Hipgnosis disposent de moyens importants pour acquérir des catalogues complets. Ils peuvent représenter une concurrence pour l’accès aux actifs les plus recherchés, tandis qu’un vendeur peut préférer une transaction directe à une cession fractionnée sur une plateforme.
Plusieurs entreprises ont tenté de rapprocher musique et investissement accessible, parfois en s’appuyant sur la blockchain ou le principe de « fan ownership ». Mais l’attachement d’un investisseur à un artiste ne garantit pas qu’un acheteur sera disponible au moment où il souhaitera revendre. La liquidité dépend d’un marché actif, et non de la seule notoriété d’une chanson.
Pour évaluer la profondeur de la place de marché d’ANote, les investisseurs européens devront suivre des indicateurs plus précis que le nombre d’inscriptions. Parmi les signaux utiles figurent :
- Le volume échangé sur le marché secondaire, qui indique si les positions circulent réellement entre acheteurs et vendeurs.
- Le délai de revente et l’écart entre prix acheteur et vendeur, deux mesures concrètes de la liquidité disponible.
- La fréquence des distributions et leur régularité, qui permettent de mieux comprendre la trajectoire des flux perçus.
- La diversité des catalogues et des investisseurs, afin de limiter la dépendance à quelques titres ou à un groupe restreint d’acheteurs.
Avec 36 catalogues annoncés, l’offre reste à développer au regard d’une ambition européenne. La plateforme devra convaincre labels, éditeurs, artistes et auteurs de proposer des droits suffisamment diversifiés, tandis que les investisseurs auront besoin d’informations comparables pour apprécier les risques et les revenus attendus.
Une information claire sur les risques et le cadre réglementaire
Les royalties musicales ne sont ni une action cotée, ni une obligation, ni un produit d’épargne garanti. Leur valeur peut être affectée par l’évolution des écoutes, les frais, les conditions contractuelles et la concentration des revenus sur un nombre limité de titres. Une présentation précise des droits et des scénarios de performance est donc indispensable à la compréhension du produit.
ANote Music indique ne pas relever de la supervision du régulateur financier luxembourgeois, estimant que les opérations portent sur des droits contractuels et de propriété intellectuelle plutôt que sur des instruments financiers. Cette qualification rend d’autant plus importante l’analyse, avant toute transaction, des conditions de détention, des mécanismes de versement et des protections associées à chaque droit.
L’intelligence artificielle générative ajoute une incertitude de marché. Elle accroît les besoins de traçabilité et de contrôle des usages, tout en pouvant modifier l’offre musicale, les habitudes d’écoute et la répartition des revenus entre créateurs, plateformes et ayants droit. La valeur future d’un catalogue dépendra aussi de la capacité du secteur à identifier les œuvres et à appliquer clairement les règles de rémunération.
Les données sur les distributions peuvent compléter cette lecture : ANote Music détaille notamment l’évolution de ses versements dans son bilan de croissance des royalties distribuées. Pour la société, la prochaine étape sera de transformer les capitaux levés et les inscriptions en échanges réguliers, transparents et compréhensibles : c’est à cette condition que l’investissement musical pourra dépasser le cercle des spécialistes.
Journaliste spécialisée en énergie et industrie, je décrypte depuis plus de quinze ans les évolutions des marchés énergétiques et les innovations industrielles. Mon parcours m’a conduite à collaborer avec des publications de renom, où j’ai analysé les défis liés à la transition énergétique et aux politiques industrielles.
